Le lendemain au réveil, j’attendis la fin du câlin rituel pour lui dire qu’elle aurait pu me prévenir et qu’elle me mettait devant le fait accompli.
Pour être l’honnête, j’avais peur que tu refuses. Et puis il est normal que des parents savent avec qui vit leur fille.
-C’est bien pour te faire plaisir même si j’avais prévu de rester bien au chaud.
-Bon maintenant je te préviens. C’est vieille France et compagnie. Ils sont sympas mais il vaudra mieux ne pas aborder le sujet politique.
-Si je comprends bien, il faut être habillée.
-Comme si tu allais au bureau, ce sera parfait. Et puis cache ta cheville car j’ai peur qu’ils soient choqués. Et surtout ils ne faut pas qu’ils sachent que je suis tatouée.
-Eh bien, ça n’annonce bien.
Nous nous sommes préparées. J’avais mis une jupe au genou et un col roulé et enfilé une paire de botte. Elle semblait les craindre car elle était plus stricte que d’habitude.
Alors direction la banlieue Ouest comme il se doit. Le pavillon était cossu. Nous avons sonnés. Une femme d’une cinquantaine d’années élégante ressemblant à Nadine nous fit entrer dans le salon où nous attendait le père. Moi qui côtoient des cadres supérieurs en reconnu un immédiatement.
-Maman, Papa je vous présente Béatrice.
L’accueil fut poli mais pas enthousiaste.
Nous sommes passé à table après l’apéritif. Le moment des présentations était terminé. Je subis un feu roulant de questions concernant ma situation. Ca m’énervait de passer l’examen de passage comme si je devais démontrer que j’étais digne de leur fille. Alors, j’ai décidé de jouer le grand jeu et je mis tout sur la table, ma fonction, ma licence, mon salaire et la voiture de fonction). Je voyais le regard amusé de Nadine. D’un coup, l’ambiance se détendit et nous avons fini le repas en parlant de choses et d’autres.
Nadine proposa à sa mère d’aller l’aider à ranger. Je compris que c’était pour me laisser seule avec son père.
-Béatrice, je dois avouer que je n’apprécie guère les fréquentations de Nadine mais je reconnais que vous êtes différente des autres. J’ai même trouvé qu’elle était plus gaie que d’habitude
-Je vais vous faire une confidence. C’est l’entente parfaite et pourtant je n’ai pas beaucoup d’expérience avec les femmes. Moi aussi je suis plus sereine.
-Ce qui ne veux pas dire que sa mère et moi acceptons ses orientations amoureuses. Mais compte tenu du traumatisme qu’elle a subi dans son enfance, nous le comprenons. Je suppose que vous savez.
-Non, elle est très évasive sur le sujet. Et c’est peut être mieux ainsi.
-Retournons au salon, elles vont finir par croire que nous complotons dans leur dos.
Nous sommes restées un peu et puis avons pris congé.
Ils nous raccompagnèrent jusqu’à la voiture. Il s’approcha de moi pour me dire qu’il nous souhaitait de continuer ensemble et m’a demandé s’il pouvait m’embrasser. Ce que j’accepta.
Après être parties Nadine qui avait un énorme sourire
-Eh bien dis donc, ils sont sous le charme. Tu es la première à qui mon père fait la bise.
-Tu sais le coup de l’examen de passage, j’y ai droit régulièrement avec les américains. Et puis, c’était aussi par rapport à toi. J’ai eu raison car il m’a parlé de celles qui m’avaient précédées en termes peu aimables. On peut continuer l’opération « charme » en les invitant un soir.
-C’est à toi de voir mais ne te sens pas obligée.
-Quand ils verront le cadre dans lequel tu vis, nous aurons marquées un point supplémentaire.
-Tu es diabolique.
-C’est mon côté négociatrice